Grâce à la coopération diplomatique et militaire européenne, la Grande Guerre turque,
entre 1683 et 1699, réalisa la reconquête complète de la Hongrie de la domination
ottomane. Seul le Banat resta aux mains des Ottomans jusqu’en 1718. Bien que les événements
de la longue guerre soient connus en détail, peu de recherches ont été consacrées
aux difficultés et aux conflits de la réorganisation militaire, administrative, ecclésiastique
et civile des territoires repris. La présente étude se propose à se focaliser sur
ces questions en synthétisant les résultats des recherches des dernières décennies.
Elle présente les enjeux de la reconstruction commencée déjà pendant la guerre, ainsi
que les conflits entre les autorités militaires, financières et civiles. Pendant la
Grande Guerre turque, le sort de la Hongrie fut déterminé principalement par les intérêts
de l’armée permanente impériale, de la Chambre aulique et de la Cour viennoise. Cela
se reflétait également dans le fait que Léopold I er ne convoqua la diète hongroise
qu’une seule fois, à la fin de 1687. Pendant la guerre, l’élite politique hongroise
n’eut donc que très peu d’influence sur les événements et la nouvelle administration
du pays. Pour cette raison, la reconstruction des institutions civiles et ecclésiastiques
ne put commencer que très lentement et face à de grandes difficultés dans les zones
libérées, qui étaient sous le contrôle étroit des autorités militaires et financières.
Par conséquent, une partie de la population du pays considéra souvent la libération
comme une occupation par les généraux impériaux, les commissaires de guerre et les
fonctionnaires de la Chambre aulique, voire comme une série de dévastations causées
par les forces des Habsbourg. La reconquête du Royaume de Hongrie historique ne se
fit donc pas sans féroces débats politiques, sociaux et religieux. Assez paradoxalement,
la Grande Guerre turque contribua fondamentalement au déclenchement du premier mouvement
d’indépendance de l’histoire de la Hongrie, la Guerre d’Indépendance (1703-1711) de
François II Rákóczi.